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Comprendre le monde

S’efforcer de comprendre le monde, c’est déjà travailler à le transformer. 

Comprendre le monde, afin de partager le bonheur de pouvoir l’habiter à l’avenir sans en faire une planète inhospitalière, c’est apprendre à l’habiter autrement. Cela implique de prendre toute la mesure de la finitude de notre Terre, de la précieuse rareté de ses ressources et de la fragilité de ses équilibres : des conditions (gravitationnelles, magnétiques, géologiques, atmosphériques et climatiques…) rarement réunies qui ont permis que s’y développe la vie

C’est aussi comprendre combien les humains sont intimement impliqués dans les processus de la nature, combien ils en dépendent, de manière vitale, et y contribuent puissamment, par leur travail, leurs modes de productions, leurs institutions, leurs langages et leurs œuvres, à la configuration du visage du monde

Le moment est venu de faire face lucidement au tour très inquiétant qu’a désormais pris notre habitation trop affairée du monde : de prendre la mesure, sans pour autant céder au pessimisme, de la dévastation en cours, dont chaque jour nous apporte de nouvelles preuves et épreuves. 

Le progrès des sciences de la nature nous permet d’en savoir assez long sur les systèmes d’interactions très complexes qui sont à l’œuvre dans l’équilibre fragile de la Terre. Ces connaissances nous permettent de comprendre combien cet équilibre est aujourd’hui très gravement compromis par le développement exponentiel des besoins et projets afférents à une croissance sans précédent de la population mondiale et au déploiement des activités humaines qui marquent partout de leur empreinte irréversible le visage, les sols, l’air, l’eau, les paysages et l’atmosphère de la planète. 

Comprendre le monde, c’est donc aussi comprendre que cette empreinte des activités humaines, et la gestion — irresponsable et insoutenable — de notre rapport aux sources d’énergie (tant fossiles que d’origine nucléaire), l’inertie de la dépendance systémique à la dépense et aux gaspillages en tous genres que ces activités et modes de vie supposent, sont en passe de rendre la Terre inhabitable et les sociétés invivables pour tous. 

L’empoisonnement chimique des éléments, de l’air, de l’eau et de la chaîne alimentaire, la destruction en cours de l’atmosphère terrestre et des fragiles équilibres climatiques, menacent d’être irréversibles. Alors que la planète vivante porte par devers elle ses propres sources autonomes d’énergie autres que fossiles (solaire, éolienne, hydrologique, géothermique, germinatives, biologiques, ressources aujourd’hui menacées de la bio-diversité…), lesquelles, raisonnablement protégées, apprivoisées et mises en œuvre, pourraient permettre à terme une nouvelle manière d’habiter le monde
 

Comment apprendre à instaurer cette nouvelle habitation du monde sans puiser sensément aux ressources de l’intelligence, de l’exigence de beauté, de justice et d’humanité ? 

Celles-ci, heureusement cultivées, partagées entre les humains, doivent nous permettre de comprendre tous les méfaits d’un modèle de développement destructif de la nature, de la vie, des cultures et des sociétés, générateur de modes de vie insensés ; les ravages d’un modèle économique avide de gigantisme, de puissance d’accaparement, et soumis à l’appât du gain, au vertige de la concurrence et de la « croissance » à perte de vue, qui exacerbe les « crises » devenues chroniques, les injustices et les conflits, et ne saurait mener les humains qu’à la catastrophe. 
 

Les humains se sont-ils laissé prendre au piège irréversible, devenu planétaire, d’une caricature d’« économie mondialisée » (présentée comme inéluctable par les propagandes des réseaux d’information en temps réel), et de toutes parts destructrice des ressources naturelles comme des équilibres sociaux et culturels indispensables à la survie de l’humanité ? 

Une autre « économie », soutenable, rendue à la mesure humaine, nourrie des expériences locales d’habitation, de solidarité, de partage et de convivialité, d’échanges entre les cultures, toutes expériences de vie qui sont à inventer ou à réinventer, ouvrirait alors aux humains la perspective de manières d’être, d’habiter, de penser, de se réunir et de se parler, plus heureuses. Alors seulement aussi pourrait s’ouvrir à eux la perspective de ce dont il ne nous reste plus aujourd’hui que la nostalgie : celle du « Temps des cerises »…